Vous ressentez une douleur sourde et mal définie à l’arrière de l’épaule, ou votre bras se fatigue plus vite qu’avant lorsque vous vous coiffez, lancez une balle ou servez au tennis. Parfois, c’est un proche qui remarque un creux sur l’omoplate, ou un compte rendu d’IRM qui mentionne un kyste dont vous n’aviez jamais entendu parler.
Le kyste spino-glénoïdien est une poche de liquide articulaire située à l’arrière de l’épaule, au contact d’un passage osseux appelé échancrure spino-glénoïdienne, qui peut comprimer la branche du nerf suprascapulaire destinée au muscle infra-épineux et entraîner une perte de force pour tourner le bras vers l’extérieur. Le Dr Marc-Olivier Falcone, chirurgien de l’épaule, en explique ici le mécanisme, les signes, le diagnostic et les traitements.
- Qu’est-ce qu’un kyste spino-glénoïdien ?
- Pourquoi ce kyste affaiblit-il l’épaule ?
- Quels signes doivent faire penser à un kyste spino-glénoïdien ?
- Comment confirmer le diagnostic ?
- Quels sont les traitements possibles ?
- Que peut-on attendre après le traitement ?
Qu’est-ce qu’un kyste spino-glénoïdien ?
Ce kyste est aussi appelé kyste para-glénoïdien ou para-labral, car il naît le plus souvent au contact du labrum. Le labrum est un anneau de fibrocartilage qui borde la glène, la cavité de l’omoplate dans laquelle s’emboîte la tête de l’humérus, et qui approfondit cette cavité à la manière d’un joint souple. Lorsqu’une fissure apparaît dans sa partie arrière et haute, elle ouvre une brèche entre l’intérieur de l’articulation et les tissus voisins.
Le liquide articulaire, qui lubrifie normalement l’épaule, s’échappe alors par cette fissure lors des mouvements et s’accumule à l’extérieur de l’articulation. La fissure se comporte comme un clapet anti-retour : le liquide sort facilement mais ne rentre pas, si bien que la poche grossit progressivement, comme une chambre à air qui fait hernie par une fente du pneu.
Il s’agit d’une formation bénigne : ce n’est pas une tumeur, et le liquide qu’elle contient est le même que celui de l’articulation. Chez certains patients, aucune fissure du labrum n’est visible à l’imagerie, ce qui n’empêche pas le kyste d’avoir les mêmes conséquences sur le nerf voisin.
Pourquoi ce kyste affaiblit-il l’épaule ?
Le nerf suprascapulaire, autrefois appelé nerf sus-scapulaire, commande deux muscles de la coiffe des rotateurs : le supra-épineux, situé au-dessus de l’épine de l’omoplate, et l’infra-épineux, situé en dessous. Après avoir donné ses branches au supra-épineux, il contourne la base de l’épine de l’omoplate par l’échancrure spino-glénoïdienne, puis se termine dans l’infra-épineux.
Ce passage est étroit, bordé par l’os d’un côté et par un ligament de l’autre, de sorte que le nerf ne peut pas s’écarter lorsqu’un kyste s’y développe. Comme un tuyau d’arrosage pincé, il transmet alors moins bien la commande au muscle. À ce niveau, seule la branche destinée à l’infra-épineux est concernée : le supra-épineux est épargné, contrairement à une compression située plus haut, à l’échancrure coracoïdienne, qui affaiblit les deux muscles.
L’infra-épineux permet de tourner le bras vers l’extérieur et contribue à maintenir la tête de l’humérus centrée dans la glène. Comme la branche comprimée sert surtout à commander le muscle, la compression provoque souvent davantage de faiblesse que de douleur, ce qui explique un diagnostic parfois tardif. Ce mécanisme rejoint celui des autres compressions des nerfs du membre supérieur, dans lesquelles un nerf est gêné au sein d’un passage anatomique étroit.
Quels signes doivent faire penser à un kyste spino-glénoïdien ?
La douleur, lorsqu’elle existe, est profonde, sourde et mal localisée à l’arrière de l’épaule. Elle peut être accentuée par les gestes réalisés bras en l’air ou porté vers l’arrière, mais elle reste souvent modérée au regard de la perte de force. Plusieurs signes, isolés ou associés, orientent vers ce diagnostic :
- une douleur profonde et sourde à l’arrière de l’épaule ;
- une fatigue et une perte de force pour tourner le bras vers l’extérieur, en se coiffant, en lançant ou en attrapant un objet sur le côté ;
- un creux sous l’épine de l’omoplate, lié à la fonte du muscle infra-épineux ;
- des sensations de blocage ou de ressaut, liées à la lésion du labrum associée.
La fonte musculaire est parfois remarquée par l’entourage ou par le kinésithérapeute avant que le patient ne s’en aperçoive lui-même. Cette situation concerne plus souvent les sportifs pratiquant des gestes au-dessus de la tête, comme le volley-ball, le tennis ou le handball, ainsi que les travailleurs manuels qui sollicitent leurs bras en hauteur.
Les sensations de ressaut ne sont pas propres au kyste : elles peuvent aussi relever d’une instabilité de l’articulation de l’épaule, que l’examen clinique et l’imagerie permettent de distinguer.
Comment confirmer le diagnostic ?
L’examen clinique compare la force de rotation externe des deux côtés, coude au corps, recherche un creux sous l’épine de l’omoplate et comprend un examen du cou. Il oriente ensuite le choix des examens complémentaires, qui ont chacun un rôle précis.
L’IRM, ou l’arthro-IRM lorsque le labrum doit être étudié en détail, visualise le kyste, la lésion du labrum et l’état du muscle. Elle montre un œdème lorsque la compression est récente, puis une infiltration graisseuse lorsque le muscle souffre depuis longtemps, une information utile pour anticiper la récupération.
L’échographie repère le kyste en temps réel, précise ses rapports avec le nerf et les vaisseaux voisins et sert aussi à guider une éventuelle ponction ; le Dr Marc-Olivier Falcone pratique l’échographie de l’épaule en consultation. L’électromyogramme (EMG), qui mesure l’activité électrique du nerf et du muscle, confirme l’atteinte nerveuse et en précise la sévérité.
Ce bilan permet également d’écarter d’autres causes de faiblesse de l’épaule, en particulier une rupture d’un tendon de la coiffe des rotateurs, une névralgie amyotrophiante de l’épaule, appelée syndrome de Parsonage-Turner, ou l’atteinte d’une racine nerveuse au niveau du cou.
Quels sont les traitements possibles ?
Le choix dépend de la taille du kyste, de la présence d’une lésion du labrum, de l’importance de la faiblesse et de la fonte musculaire, ainsi que des activités du patient. Chaque option comporte des avantages et des limites, qui sont discutés en consultation.
La surveillance peut être proposée lorsque le kyste est petit, la douleur modérée et la force conservée, car certains kystes régressent d’eux-mêmes. Sa limite tient au muscle : si la faiblesse ou la fonte musculaire progresse, attendre peut rendre la récupération moins complète, ce qui justifie des contrôles réguliers.
La ponction-aspiration échoguidée consiste à vider le kyste à l’aide d’une aiguille guidée par l’échographie, sous anesthésie locale et sans hospitalisation ; le Dr Marc-Olivier Falcone réalise ce geste sous contrôle échographique. Elle libère le nerf et soulage souvent rapidement, mais le kyste peut se reformer tant que la fissure du labrum persiste, puisque la cause n’est pas traitée. Les risques sont faibles mais réels : infection, hématome, ou lésion d’un vaisseau ou du nerf.
L’arthroscopie est une chirurgie réalisée par de petites incisions à l’aide d’une caméra. Elle permet de réparer le labrum et de vider le kyste depuis l’intérieur de l’articulation, ce qui traite le mécanisme de clapet et rend la récidive moins probable, sans la rendre impossible. Elle comporte les contraintes et les risques de toute chirurgie : anesthésie, période d’immobilisation puis rééducation, raideur, infection et, plus rarement, complication nerveuse.
Lorsque la fissure du labrum s’étend vers le haut jusqu’à l’insertion du long biceps, ces lésions du labrum supérieur et du biceps sont évaluées dans le même temps, car elles peuvent modifier la stratégie de traitement.
Que peut-on attendre après le traitement ?
La douleur s’améliore en général avant la force. Une fois libéré, le nerf récupère lentement, et la force revient progressivement avec la rééducation prescrite par le chirurgien et encadrée par un kinésithérapeute.
Le résultat dépend en grande partie de l’état du muscle au moment du traitement. Un muscle fondu depuis longtemps et remplacé en partie par de la graisse peut ne récupérer que partiellement, même après une décompression réussie du nerf. C’est pourquoi une faiblesse ou un creux qui s’installe à l’arrière de l’épaule justifie un avis médical plutôt qu’une attente prolongée.
Le suivi vérifie l’absence de récidive du kyste et la progression de la force. La reprise des activités sportives se discute au cas par cas, selon la récupération de la commande musculaire et le traitement réalisé.
Le kyste spino-glénoïdien est une poche de liquide articulaire, le plus souvent née d’une fissure du labrum, qui comprime la branche du nerf suprascapulaire destinée à l’infra-épineux. Il se manifeste davantage par une perte de force en rotation externe que par une douleur vive, et son traitement, de la surveillance à l’arthroscopie en passant par la ponction échoguidée, tient compte de la lésion du labrum et de l’état du muscle.
Consultation
Le Dr Marc-Olivier Falcone consulte au cabinet du 3 rue Pérignon (Paris 15e), à l’Hôpital Privé Paul d’Égine (Champigny-sur-Marne) et à la Maison de Santé la Francilienne (Pontault-Combault).
FAQ
Qu’est-ce qu’un kyste spino-glénoïdien ?
C’est une poche bénigne de liquide articulaire située à l’arrière de l’épaule, au contact de l’échancrure spino-glénoïdienne. Elle naît le plus souvent d’une fissure du labrum qui laisse sortir le liquide sans le laisser revenir.
Pourquoi ce kyste affaiblit-il l’épaule sans toujours faire mal ?
Le kyste comprime la branche du nerf suprascapulaire qui commande le muscle infra-épineux. Cette branche sert surtout à la commande du muscle, d’où une perte de force en rotation externe souvent plus marquée que la douleur.
Un kyste spino-glénoïdien peut-il disparaître tout seul ?
Certains kystes régressent spontanément, ce qui permet une surveillance lorsque le kyste est petit et la force conservée. Si la faiblesse ou la fonte musculaire progresse, un traitement est discuté.
Faut-il opérer un kyste spino-glénoïdien ?
Pas systématiquement : la surveillance et la ponction échoguidée sont des options, mais le kyste peut se reformer tant que la fissure du labrum persiste. L’arthroscopie répare le labrum et traite ainsi la cause, avec les contraintes et les risques propres à toute chirurgie.
Le muscle infra-épineux peut-il récupérer après le traitement ?
La force revient progressivement une fois le nerf libéré, avec l’aide de la rééducation prescrite. Un muscle fondu depuis longtemps et infiltré de graisse peut toutefois ne récupérer que partiellement.










