Votre épaule vous fait souffrir depuis des semaines, le sommeil est perturbé, et le compte rendu d’IRM évoque une usure ou une rupture d’un tendon. Une question s’impose alors assez vite : faut-il se faire opérer, et à quel moment ?
C’est précisément la question que le Dr Marc-Olivier Falcone a traitée devant des médecins généralistes lors des Journées nationales de médecine générale 2026. Cet article en reprend les messages utiles aux patients, à la lumière des recommandations les plus récentes de la Haute Autorité de santé.
- De quoi a-t-il été question aux JNMG 2026 ?
- Pourquoi une image anormale ne suffit-elle pas à décider d’une opération ?
- Que change la recommandation de la HAS de juillet 2026 ?
- Comment les douleurs d’épaule sont-elles classées ?
- Quand une épaule n’est-elle pas encore opérable ?
- Comment préparer une consultation pour l’épaule ?
De quoi a-t-il été question aux JNMG 2026 ?
Les Journées nationales de médecine générale (JNMG) se sont tenues les 24 et 25 septembre 2026 au CNIT Paris La Défense. Organisées chaque année par La Revue du Praticien, elles réunissent des médecins généralistes autour de sujets rencontrés au quotidien en consultation.
Le Dr Marc-Olivier Falcone, chirurgien de l’épaule et du membre supérieur, y a présenté une intervention intitulée « Épaule douloureuse de l’adulte : les indications chirurgicales ». Plutôt que de dresser la liste des situations où une opération est indiquée, il a choisi de prendre le sujet par l’autre bout : reconnaître d’abord les contre-indications, c’est-à-dire savoir quand il vaut mieux ne pas opérer.
Ce choix repose sur un constat simple. Poser une indication chirurgicale sur une épaule paraît facile, car des images anormales se retrouvent chez une grande partie des personnes, y compris chez celles qui n’ont pas mal. Reconnaître qu’une opération n’apportera rien est plus difficile, et c’est souvent le médecin traitant, qui connaît le patient, son terrain et son métier, qui détient les éléments décisifs.
Pourquoi une image anormale ne suffit-elle pas à décider d’une opération ?
Une IRM de l’épaule réalisée chez des personnes de plus de cinquante ans qui n’ont aucune douleur montre souvent des anomalies : usure des tendons, arthrose de l’articulation acromio-claviculaire au sommet de l’épaule, parfois une rupture partielle. Ces images accompagnent souvent le vieillissement habituel des tissus et ne sont pas forcément la cause d’une douleur.
La Haute Autorité de santé le rappelle : une épaule qui ne fait pas souffrir ne doit pas être opérée, mais surveillée. L’indication chirurgicale repose sur l’examen clinique et sur la gêne réellement ressentie dans la vie quotidienne, et non sur le seul compte rendu d’imagerie. Ce principe s’applique notamment à la rupture des tendons de la coiffe des rotateurs.
Avant même d’examiner l’épaule, deux questions orientent la décision. La première porte sur le terrain : tabac, diabète, état général, qualité de l’os, en particulier après la ménopause, car ces éléments influencent la cicatrisation et la tenue d’une réparation. La seconde porte sur le contexte de vie et de travail : métier réellement exercé, côté dominant, autonomie, entourage et capacité à suivre une rééducation longue.
Dans cette logique, l’âge inscrit sur la carte d’identité compte moins que l’état de santé et le mode de vie. Une personne âgée, active et demandeuse peut tirer un bénéfice d’une chirurgie, alors qu’une personne plus jeune mais fragilisée peut être une moins bonne candidate.
Que change la recommandation de la HAS de juillet 2026 ?
En juillet 2026, la HAS a publié une recommandation consacrée à la place de la chirurgie dans les ruptures de la coiffe des rotateurs, le groupe de tendons qui entoure la tête de l’humérus et permet de lever et de tourner le bras. Ce texte complète la recommandation de 2023 sur l’épaule douloureuse, et il distingue deux situations très différentes.
La première est la rupture traumatique sur tendon sain. Elle survient après un traumatisme violent, chez une personne qui n’avait jamais eu mal à l’épaule, avec une perte brutale de la capacité à lever le bras. La radiographie est normale, ce qui explique qu’elle passe parfois inaperçue. Elle justifie un avis chirurgical sans délai, c’est-à-dire une consultation spécialisée dans les deux à trois semaines, idéalement avec une IRM déjà réalisée, car un muscle qui n’a pas encore été remplacé par de la graisse reste réparable.
La seconde est la rupture d’usure, dite dégénérative. Pour elle, la recommandation prévoit au moins six mois de traitement médical et de rééducation bien conduits avant de discuter une chirurgie. Lorsque le tendon est abîmé sans être rompu, la chirurgie n’a pas démontré son intérêt, et elle ne se discute qu’après l’échec d’une prise en charge bien menée.
Aucune de ces règles ne repose sur le plus haut niveau de preuve scientifique. C’est pourquoi la décision reste avant tout clinique, et qu’elle se construit avec le patient plutôt que de s’imposer à lui.
Comment les douleurs d’épaule sont-elles classées ?
Plutôt que de rechercher d’emblée un diagnostic très précis, l’intervention proposait de situer chaque patient dans l’un de six groupes, chacun ayant sa propre logique de décision et ses propres contre-indications :
- l’épaule instable, qui s’est déjà luxée ou donne la sensation de se déboîter, décrite sur la page consacrée à l’instabilité et à la luxation de l’épaule ;
- la tendinite calcifiante, responsable de crises très douloureuses liées à un dépôt de calcium dans un tendon ;
- la capsulite rétractile, qui enraidit progressivement l’épaule ;
- l’arthrose de l’articulation de l’épaule ;
- l’épaule tendineuse, qui regroupe les atteintes de la coiffe des rotateurs ;
- l’atteinte de l’articulation acromio-claviculaire, au sommet de l’épaule.
Dans la grande majorité des cas, l’interrogatoire, l’examen clinique et une simple radiographie suffisent à classer le patient, avant toute IRM. La radiographie montre par exemple une calcification dans un tendon de la coiffe, une arthrose ou une remontée de la tête de l’humérus, autant d’éléments qui changent la conduite à tenir.
Quand une épaule n’est-elle pas encore opérable ?
Une formule résume l’un des messages de l’intervention : une épaule raide n’est pas une épaule inopérable, c’est une épaule pas encore opérable. Tant que l’articulation reste enraidie, par exemple au cours d’une capsulite rétractile, aucune décision chirurgicale n’est prise, et la première étape consiste à l’assouplir.
La capsulite est souvent la conséquence d’une épaule douloureuse insuffisamment soulagée pendant plusieurs semaines. Bien traiter la douleur dès le début, et garder l’épaule en mouvement dans les limites du tolérable, contribue donc à prévenir cet enraidissement.
Pour une réparation de la coiffe, la HAS retient quatre situations qui la contre-indiquent : la raideur de l’épaule, une arthrose installée de l’articulation, une remontée de la tête de l’humérus visible sur la radiographie, et un muscle largement remplacé par de la graisse sur l’IRM. Ces situations n’excluent pas pour autant d’autres solutions, qui se discutent au cas par cas avec le chirurgien.
Enfin, avant la pose d’une prothèse d’épaule, toute infection doit être traitée, même lorsqu’elle se situe loin de l’épaule, au niveau d’une dent, des voies urinaires ou de la peau, en raison du risque qu’elle fait courir à l’implant.
Comment préparer une consultation pour l’épaule ?
La qualité d’un avis chirurgical dépend en grande partie des informations disponibles le jour de la consultation. Il est utile d’apporter les images elles-mêmes, sur CD, clé USB ou avec un lien d’accès, et pas seulement les comptes rendus, car une indication ne se pose pas sur un compte rendu. Il est tout aussi utile de noter les traitements déjà suivis : séances de kinésithérapie, infiltrations, dates et effet obtenu.
Le métier exercé, les gestes répétés au travail et le côté dominant font également partie des éléments à signaler. Il faut aussi savoir qu’être adressé à un chirurgien ne signifie pas être opéré : l’avis peut conclure à la poursuite du traitement médical, et un avis qui conclut à l’absence d’indication reste un avis utile, pour le patient comme pour son médecin traitant.
Lorsqu’une réparation de la coiffe est réalisée, la cicatrisation du tendon sur l’os est lente. D’après les données présentées par la HAS, le tendon réparé retrouve environ 30 % de sa résistance à six semaines, 50 % à trois mois et 80 % à six mois, ce qui explique la durée de la rééducation et la reprise progressive des efforts. Le Dr Marc-Olivier Falcone reçoit en consultation les patients adressés par leur médecin traitant pour ce type d’avis.
Le message central de ces JNMG 2026 tient en une phrase : une image anormale n’est pas une indication opératoire. La décision de se faire opérer repose sur l’examen clinique, sur la gêne réellement ressentie et sur la préparation du patient, en lien étroit avec le médecin traitant.
Consultation
Le Dr Marc-Olivier Falcone consulte au cabinet du 3 rue Pérignon (Paris 15e), à l’Hôpital Privé Paul d’Égine (Champigny-sur-Marne) et à la Maison de Santé la Francilienne (Pontault-Combault).
FAQ
Que sont les Journées nationales de médecine générale ?
Ce sont des journées de formation organisées chaque année par La Revue du Praticien à destination des médecins généralistes. L’édition 2026 s’est tenue les 24 et 25 septembre au CNIT Paris La Défense.
Une rupture de la coiffe des rotateurs doit-elle toujours être opérée ?
Non : une image de rupture ne suffit pas à poser une indication, et la décision repose sur l’examen clinique et la gêne réelle. Certaines situations, comme la raideur ou un muscle largement remplacé par de la graisse, contre-indiquent la réparation.
Pourquoi attendre avant d’opérer une rupture d’usure de la coiffe ?
Pour une rupture d’usure, la HAS prévoit au moins six mois de traitement médical et de rééducation bien conduits avant de discuter une chirurgie. Cette période permet aussi de préparer le patient, par exemple en assouplissant l’épaule ou en agissant sur le tabac.
Quand une douleur d’épaule nécessite-t-elle un avis rapide ?
Une perte brutale de la capacité à lever le bras après un traumatisme violent, chez une personne qui n’avait pas mal auparavant, justifie un avis chirurgical dans les deux à trois semaines. La radiographie peut être normale dans cette situation, et une IRM est alors utile.
Que faut-il apporter à une consultation pour l’épaule ?
Il est utile d’apporter les images elles-mêmes, pas seulement les comptes rendus, ainsi que la liste des traitements déjà suivis avec leurs dates et leur effet. Le métier exercé et le côté dominant font aussi partie des informations à signaler.










