Vous venez de recevoir le compte rendu de votre IRM de l’épaule, rempli de mots techniques comme rupture transfixiante, tendinopathie fissuraire ou infiltration graisseuse, et vous vous demandez si c’est grave et s’il faudra vous faire opérer.
Le compte rendu d’IRM de l’épaule décrit l’état des tendons, des muscles, de l’articulation et des os ; il se lit toujours à la lumière de l’examen clinique, car une anomalie visible à l’image n’est pas forcément la cause de la douleur. Le Dr Marc-Olivier Falcone propose ici un lexique des termes les plus fréquents, pour aborder la consultation avec des repères clairs.
- Comment se présente un compte rendu d’IRM de l’épaule ?
- Que signifient les termes qui décrivent les tendons ?
- Que signifient les termes qui décrivent les muscles ?
- Que signifient les termes qui décrivent l’articulation ?
- Que signifient les termes qui décrivent les os ?
- Une anomalie à l’IRM signifie-t-elle qu’il faut opérer ?
Comment se présente un compte rendu d’IRM de l’épaule ?
Un compte rendu d’IRM comporte en général trois parties. La première décrit la technique : les séquences réalisées, désignées par des sigles comme T1 ou T2, et parfois l’injection d’un produit dans l’articulation, appelée arthro-IRM. La deuxième partie décrit l’épaule structure par structure, et la troisième, la conclusion, résume les éléments que le radiologue juge principaux.
Il est naturel de lire la conclusion en premier, à condition de ne pas s’arrêter aux mots qui impressionnent. Le compte rendu ne remplace pas les images : pour décider d’un traitement, le chirurgien a besoin de voir les images elles-mêmes et de les confronter à ce qu’il constate à l’examen.
L’IRM est l’examen de première intention pour analyser les tendons et les muscles de l’épaule. L’arthroscanner, qui associe un scanner et une injection dans l’articulation, est plutôt réservé à certaines questions : un doute sur une rupture partielle située à la face profonde du tendon, l’état du cartilage, une instabilité de l’épaule, ou une contre-indication à l’IRM.
Que signifient les termes qui décrivent les tendons ?
La coiffe des rotateurs est un ensemble de quatre tendons qui entourent la tête de l’humérus comme les doigts d’une main posée sur une balle : le supra-épineux sur le dessus, le plus souvent concerné, l’infra-épineux et le petit rond en arrière, et le subscapulaire en avant. Le tendon du long biceps passe, lui, à l’avant de l’épaule. Les termes suivants reviennent le plus souvent :
- La tendinopathie, ou tendinose, désigne une souffrance ou une usure du tendon, sans rupture.
- La tendinopathie fissuraire est une petite fente dans l’épaisseur du tendon, qui ne va pas jusqu’à la rupture complète.
- La rupture partielle, ou non transfixiante, est une rupture qui ne concerne qu’une partie de l’épaisseur du tendon, soit du côté de l’articulation (face profonde), soit du côté de la bourse (face superficielle) ; lorsqu’elle dépasse la moitié de l’épaisseur, elle se raisonne comme une rupture complète.
- La rupture transfixiante, ou complète, est une rupture sur toute l’épaisseur du tendon, qui crée un orifice faisant communiquer l’articulation et la bourse.
- La rétraction signifie que l’extrémité du tendon rompu a reculé vers l’intérieur ; elle impressionne mais ne suffit pas, à elle seule, à dater la rupture.
- La subluxation ou la luxation du long biceps signifie que ce tendon sort de sa gouttière osseuse, le plus souvent en lien avec une lésion du subscapulaire.
Les tendinopathies sont détaillées sur la page consacrée aux tendinites de la coiffe et au conflit sous-acromial, et les ruptures sur la page dédiée à la rupture des tendons de la coiffe des rotateurs.
Que signifient les termes qui décrivent les muscles ?
Chaque tendon de la coiffe prolonge un muscle. L’état de ce muscle renseigne sur l’ancienneté d’une rupture et sur la possibilité de la réparer, c’est pourquoi le compte rendu lui consacre souvent quelques lignes :
- L’amyotrophie est une diminution du volume du muscle.
- L’infiltration graisseuse, ou dégénérescence graisseuse, est le remplacement progressif du muscle par de la graisse lorsqu’il ne travaille plus ; ce phénomène est irréversible.
- Le stade de Goutallier classe cette infiltration de 0 à 4 : stade 0, muscle normal ; stade 1, quelques traînées de graisse ; stade 2, moins de graisse que de muscle ; stade 3, autant de graisse que de muscle ; stade 4, plus de graisse que de muscle.
- L’œdème musculaire de dénervation est le signe d’un muscle qui ne reçoit plus correctement la commande de son nerf, par exemple lorsqu’un kyste comprime un nerf à l’arrière de l’épaule.
Deux repères sont utiles. D’une part, c’est la qualité du muscle, plus que la rétraction du tendon, qui permet de dater une rupture : un muscle encore sain oriente vers une lésion récente. D’autre part, selon la Haute Autorité de santé, une infiltration graisseuse au-delà du stade 2 fait partie des situations où la réparation du tendon n’est plus recommandée, car recoudre un tendon sur un muscle devenu graisseux ne lui rend pas sa force.
Que signifient les termes qui décrivent l’articulation ?
Au-delà des tendons, l’IRM décrit l’articulation elle-même, sa capsule, son cartilage et le labrum qui en borde le pourtour. Les termes suivants sont fréquents :
- L’épanchement intra-articulaire est la présence de liquide dans l’articulation, une constatation fréquente et peu spécifique.
- La bursite sous-acromio-deltoïdienne est une inflammation ou un épaississement de la bourse, petite poche de glissement située entre la coiffe et l’acromion, souvent associée à une tendinopathie.
- Le labrum, ou bourrelet glénoïdien, est un anneau de fibrocartilage qui borde la glène, la cavité de l’omoplate ; une lésion SLAP touche sa partie haute, à l’endroit où s’insère le long biceps, et une lésion de Bankart touche sa partie avant et basse, après une luxation.
- Le kyste para-labral est une poche de liquide née d’une fissure du labrum, qui peut comprimer un nerf voisin.
- La chondropathie, ou lésion cartilagineuse, est une usure du cartilage qui recouvre les surfaces de l’articulation.
- L’arthrose gléno-humérale, ou omarthrose, est une usure avancée de l’articulation principale de l’épaule.
- L’épaississement de la capsule ou du récessus axillaire, repli situé à la partie basse de l’articulation, est un signe évocateur de capsulite rétractile, dont le diagnostic reste avant tout clinique.
Pour aller plus loin, le site détaille les lésions SLAP et les atteintes du long biceps, l’instabilité et la luxation de l’épaule, ainsi que la capsulite rétractile de l’épaule.
Que signifient les termes qui décrivent les os ?
L’IRM analyse enfin les os qui composent l’épaule. Ces constatations renseignent sur l’histoire de l’articulation, traumatisme ancien ou usure progressive, sans dicter à elles seules le traitement :
- L’acromion est le toit osseux de l’épaule ; le compte rendu en décrit parfois la forme, plate, courbe ou crochue, un élément qui ne constitue pas à lui seul une indication opératoire.
- L’arthrose acromio-claviculaire est une usure de la petite articulation située au sommet de l’épaule, fréquente et souvent sans douleur.
- L’ascension ou l’excentration de la tête humérale est une remontée de la tête de l’humérus vers l’acromion, signe d’une rupture étendue de la coiffe, mieux mesurée sur une radiographie.
- L’œdème osseux est une zone de l’os imbibée de liquide, qui traduit une réaction à un choc ou à une contrainte.
- L’encoche de Hill-Sachs est l’empreinte laissée sur la tête de l’humérus par une luxation de l’épaule.
- La calcification est un dépôt de calcium dans un tendon, mieux visible sur une radiographie standard que sur une IRM.
Ces deux dernières situations sont développées sur les pages consacrées à l’arthrose de l’articulation acromio-claviculaire et à la tendinite calcifiante de l’épaule.
Une anomalie à l’IRM signifie-t-elle qu’il faut opérer ?
Non. Une IRM réalisée chez des personnes de plus de cinquante ans qui n’ont aucune douleur montre souvent des anomalies : usure des tendons, arthrose acromio-claviculaire, parfois rupture partielle. Ces images accompagnent fréquemment le vieillissement habituel des tissus, et la Haute Autorité de santé rappelle qu’une épaule sans symptôme se surveille plutôt qu’elle ne s’opère.
L’indication chirurgicale repose sur l’examen clinique et sur la gêne réellement ressentie. Le compte rendu est donc une pièce du dossier parmi d’autres, à confronter à l’histoire de la douleur, survenue après un traumatisme ou installée progressivement, à la force et à la mobilité de l’épaule, ainsi qu’aux traitements déjà suivis.
Pour la consultation, il est utile d’apporter les images elles-mêmes, sur CD, clé USB ou avec un lien d’accès, en plus du compte rendu. Le Dr Marc-Olivier Falcone relit les images avec le patient lors de la consultation, afin de relier ce qui est visible à l’IRM aux symptômes décrits.
Un compte rendu d’IRM de l’épaule se comprend mieux une fois le sens de ses principaux termes connu. Ce lexique aide à le lire sans inquiétude inutile, mais la décision de traitement repose toujours sur l’examen clinique et sur l’échange en consultation.
Consultation
Le Dr Marc-Olivier Falcone consulte au cabinet du 3 rue Pérignon (Paris 15e), à l’Hôpital Privé Paul d’Égine (Champigny-sur-Marne) et à la Maison de Santé la Francilienne (Pontault-Combault).
FAQ
Qu’est-ce qu’une rupture transfixiante du supra-épineux ?
C’est une rupture du tendon supra-épineux sur toute son épaisseur, qui crée un orifice faisant communiquer l’articulation et la bourse. Ce terme décrit une image et ne suffit pas, à lui seul, à poser une indication opératoire.
Que signifie une tendinopathie fissuraire sur une IRM de l’épaule ?
Il s’agit d’une petite fente dans l’épaisseur du tendon, sans rupture complète. Elle traduit une souffrance ou une usure du tendon, à confronter à l’examen clinique.
Qu’est-ce que le stade de Goutallier ?
C’est une classification de 0 à 4 qui mesure le remplacement d’un muscle de la coiffe par de la graisse, du muscle normal au muscle devenu majoritairement graisseux. Selon la HAS, au-delà du stade 2, la réparation du tendon n’est plus recommandée.
Une rupture de la coiffe vue à l’IRM doit-elle être opérée ?
Pas nécessairement : de nombreuses personnes présentent des anomalies des tendons sans douleur. La décision repose sur l’examen clinique, la gêne réelle, l’histoire de la rupture et l’état du muscle.
IRM ou arthroscanner de l’épaule : quelle différence ?
L’IRM est l’examen de première intention pour les tendons et les muscles. L’arthroscanner est plutôt utilisé en cas de doute sur une rupture partielle profonde, pour le cartilage, pour une instabilité ou lorsque l’IRM est contre-indiquée.










